Douleurs et raideurs : pourquoi s’étirer ne suffit pas

Quand une douleur ou une raideur persiste, il est tentant de chercher le défaut à corriger : une hanche trop raide, un muscle trop faible, un manque de gainage ou un « mauvais » mouvement. En réalité, les douleurs musculo-squelettiques sont rarement expliquées par une seule variable.

Mobilité, contrôle moteur et force restent pourtant trois capacités très utiles à évaluer. Non pas parce qu’elles constituent trois causes universelles de douleur, mais parce qu’elles déterminent en partie les options de mouvement et la capacité à répondre aux contraintes du quotidien ou du sport.

Ostéopathe le mans Baptiste Timmerman

1 – Mobilité : avoir suffisamment d’amplitude pour la tâche

La mobilité correspond à l’amplitude disponible dans une articulation ou un mouvement. Mais il n’existe pas une amplitude « parfaite » valable pour tout le monde. Certaines personnes sont naturellement plus mobiles, d’autres moins, notamment en raison de leur anatomie, de leur histoire sportive et de leurs habitudes.

Une mobilité limitée devient surtout intéressante lorsqu’elle est pertinente pour une tâche : par exemple si une cheville ne permet plus de réaliser confortablement un squat, ou si une hanche manque d’amplitude pour une activité sportive précise. Une asymétrie isolée ou quelques degrés de différence ne suffisent pas à expliquer une douleur.

C’est cette logique que j’utilise par exemple pour évaluer une rotation interne de hanche limitée : mesurer, comparer, replacer le résultat dans la tâche puis retester après intervention.

2 – Contrôle moteur : adapter le mouvement plutôt que chercher le mouvement parfait

Le contrôle moteur désigne la manière dont le système nerveux organise et adapte le mouvement : coordination, précision, équilibre, gestion de la force, respiration ou capacité à modifier une stratégie lorsque la tâche change.

Chez les personnes souffrant de lombalgie, certaines différences de recrutement musculaire ou de stratégie motrice ont été observées. Mais cela ne signifie pas qu’il existe un unique « mauvais schéma » responsable de la douleur. Ces modifications peuvent être une cause, une conséquence, une adaptation protectrice ou simplement une variation individuelle.

Les exercices de contrôle moteur peuvent néanmoins être utiles. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2023 retrouve des effets favorables sur la douleur et l’incapacité dans la lombalgie chronique non spécifique, mais les auteurs recommandent de rester prudents dans l’interprétation. Les données disponibles ne montrent pas que le contrôle moteur constitue systématiquement une méthode supérieure aux autres formes d’exercice.

Un exercice comme le Croco 90-90 peut donc être une porte d’entrée pour travailler respiration et contrôle du tronc à faible contrainte. Mais il doit ensuite laisser la place à des tâches plus variées et plus proches des besoins réels.

3 – Force et endurance : développer de la capacité

La force est la capacité à produire ou résister à une force. L’endurance permet de répéter ou maintenir un effort. Plutôt que de considérer un muscle faible comme la cause automatique d’une douleur, je préfère parler de capacité insuffisante par rapport à une demande.

Un coureur, un rugbyman, une personne qui porte régulièrement des charges et une personne sédentaire n’ont pas besoin exactement des mêmes capacités. Le but du renforcement est donc moins de « stabiliser parfaitement » le corps que de lui donner progressivement davantage de marge pour tolérer les contraintes auxquelles il sera exposé.

Pour la lombalgie chronique, l’exercice structuré dans son ensemble est soutenu par les données scientifiques. Une revue systématique réalisée pour informer les recommandations de l’OMS conclut avec un niveau de certitude modéré que les programmes d’exercice réduisent probablement la douleur et les limitations fonctionnelles. Cela ne désigne pas un exercice magique : plusieurs formes d’activité peuvent fonctionner.

Les trois capacités fonctionnent ensemble… sans former une recette obligatoire

Mobilité, contrôle et force interagissent évidemment. Mais il faut éviter le raisonnement trop simple « manque de mobilité → compensation → douleur ». Une personne peut présenter une mobilité limitée sans aucune douleur, ou être très mobile et douloureuse.

La bonne question est plutôt : quelle capacité semble actuellement limiter ce que cette personne veut faire ?

  • Manque-t-il réellement une amplitude nécessaire ?
  • Le mouvement est-il difficile à contrôler dans une tâche précise ?
  • La personne manque-t-elle surtout de force, d’endurance ou de tolérance à la charge ?
  • Ou aucune de ces variables n’explique-t-elle suffisamment le problème ?

Cette dernière possibilité est importante. La douleur dépend également du contexte, du sommeil, du stress, des croyances, de l’exposition récente aux charges, de l’état de santé général et de nombreux autres facteurs.

Comment je l’utilise au cabinet : tester → intervenir → retester

Au Cabinet d’Arcole au Mans, je préfère utiliser ces trois dimensions comme cadre d’évaluation plutôt que comme diagnostic.

  1. Définir le problème fonctionnel : quel mouvement, effort ou activité pose réellement problème ?
  2. Tester une capacité pertinente : mobilité, force, endurance, équilibre, coordination ou tolérance à une tâche.
  3. Intervenir : exercice, modification temporaire de la tâche, exposition progressive et, lorsque cela apporte quelque chose, thérapie manuelle pour moduler les symptômes.
  4. Retester : vérifier si le changement obtenu améliore réellement la tâche qui posait problème.
  5. Faire progresser : augmenter progressivement amplitude, résistance, vitesse, volume ou complexité selon l’objectif.

Cette logique évite de transformer chaque asymétrie en pathologie et permet de vérifier si ce que l’on travaille a réellement une utilité.

Exemple : douleur lombaire chez un sportif

Chez un sportif souffrant du bas du dos, je pourrais retrouver une limitation de hanche, une faible endurance sur certaines tâches ou une appréhension à reprendre des charges importantes. Mais ces éléments ne sont intéressants que s’ils semblent liés à ce qu’il n’arrive plus à faire.

Le programme pourrait alors combiner temporairement mobilité, exercices de contrôle puis renforcement et exposition progressive au geste sportif. Chez une autre personne présentant la même douleur, la stratégie pourrait être complètement différente.

Pour aller plus loin, consulte ma page sur la douleur du bas du dos ou ma page consacrée à l’ostéopathie du sport au Mans.

Des exemples concrets sur le site

Ces trois capacités apparaissent dans plusieurs exercices et évaluations que je présente sur le site : la rotation interne de hanche, les tests simples de la hanche et du moyen fessier, l’article sur le moyen fessier, la hanche et la douleur, le psoas et l’intérêt réel des étirements, ainsi que le travail sur la respiration et le diaphragme.

À retenir

Mobilité, contrôle moteur et force ne sont pas trois défauts à corriger. Ce sont trois capacités à développer lorsqu’elles sont pertinentes pour ce que tu veux retrouver.

L’objectif n’est donc pas de fabriquer un mouvement parfait. Il est de retrouver suffisamment d’options, de confiance et de capacité pour bouger, travailler ou pratiquer son sport avec le moins de limitations possible.

Références scientifiques

  • Capel-Alcaraz AM et al., 2023 — revue systématique et méta-analyse sur les exercices de contrôle moteur dans la lombalgie chronique non spécifique.
  • Verville L et al., 2023 — revue systématique sur les programmes d’exercice structurés, réalisée pour informer les recommandations de l’OMS sur la lombalgie chronique primaire.
  • Zhang Y et al., 2023 — revue systématique et méta-analyse en réseau comparant différentes formes d’exercice dans la lombalgie chronique.
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