« Ton psoas est trop tendu. Il tire ton bassin vers l’avant et c’est probablement pour ça que tu as mal au dos. »
Cette explication est séduisante : elle est simple, elle désigne un coupable et elle donne immédiatement une solution — étirer le psoas. Le problème, c’est que le corps humain fonctionne rarement de manière aussi simple.
Tu peux ressentir une tension très nette à l’avant de la hanche sans que ton psoas soit réellement « raccourci ». Tu peux avoir une antéversion du bassin sans avoir mal. Et tu peux parfaitement étirer tes fléchisseurs de hanche si cela te fait du bien : l’étirement n’est pas mauvais, il n’est simplement pas une solution universelle.

Je suis Baptiste Timmerman, ostéopathe au Mans 15 rue d’Arcole.
Je prends en charge douleurs du dos, et du reste du corps avec un examen clinique sérieux, une approche manuelle adaptée et un plan d’action progressif.
Le psoas : un muscle important, mais pas le coupable idéal
Le psoas majeur s’attache aux vertèbres lombaires et rejoint le fémur avec l’iliaque. Il participe notamment à la flexion de hanche et possède également des fonctions mécaniques au niveau lombo-pelvien.
Cette anatomie explique pourquoi il est tentant de lui attribuer énormément de problèmes : lombalgie, bassin « en avant », hyperlordose, douleur dans l’aine, manque de mobilité… Mais une connexion anatomique n’est pas une preuve de causalité.
Des différences de morphologie ou de fonction du psoas ont été observées dans certaines études chez des personnes lombalgiques. Cela ne permet pas de conclure qu’un psoas « trop tendu » est la cause habituelle de leur douleur, ni qu’il faudrait systématiquement le relâcher.
« Je le sens tendu » ne veut pas forcément dire « il est trop court »
C’est probablement le point le plus important de cet article.
Une sensation de tension est une perception. Elle peut être influencée par la position, la fatigue, la charge récente, une sensibilité locale, une douleur provenant de la hanche ou du rachis, ou simplement par le fait qu’un mouvement n’est pas actuellement bien toléré.
Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer la longueur d’un muscle.
C’est la même erreur que de conclure qu’un dos qui paraît « raide » contient nécessairement des articulations bloquées. Ce que tu ressens est réel. L’explication que l’on donne à cette sensation doit, elle, être vérifiée.
Le psoas provoque-t-il l’antéversion du bassin et l’hyperlordose ?
On retrouve souvent cette chaîne sur Internet : psoas raccourci → bassin basculé vers l’avant → hyperlordose → mal de dos.
Biomécaniquement, les fléchisseurs de hanche peuvent influencer la position du bassin. Mais passer de cette possibilité mécanique à « ton psoas crée ta posture et ta posture crée ta douleur » est un raccourci.
Une méta-analyse publiée en 2024 portant sur les exercices et la posture lombo-pelvienne n’a pas retrouvé d’effet significatif des programmes d’étirement sur la posture du bassin et de la région lombaire. Une étude expérimentale avait bien observé une petite diminution immédiate de l’antéversion après étirement des fléchisseurs de hanche, mais sans modification de la lordose lombaire. Autrement dit : on peut gagner de la mobilité sans pour autant « remettre le bassin en place ».
Alors, faut-il arrêter d’étirer son psoas ?
Non. Et c’est là que le titre volontairement provocateur de beaucoup de contenus sur le psoas devient lui aussi trompeur.
Si un étirement de l’avant de la hanche est agréable, améliore temporairement ton amplitude ou diminue tes symptômes, il n’y a aucune raison de l’interdire. L’étirement peut être un outil.
Ce que je remets en question, c’est l’histoire racontée autour : « ton psoas est raccourci, il tire ton bassin, donc il faut l’allonger tous les jours ». Les données disponibles ne justifient pas cette conclusion générale.
Et surtout : si tu dois étirer ton psoas tous les matins depuis deux ans pour retrouver quelques heures de confort, il est peut-être temps de chercher autre chose que davantage d’étirements.
Que faire si j’ai constamment l’impression d’avoir le psoas tendu ?
Plutôt que de partir immédiatement à la chasse au muscle « contracté », je préfère poser quelques questions simples.
- Qu’est-ce qui déclenche réellement la sensation ? Rester assis ? Marcher ? Courir ? Lever le genou ? Faire une fente ? Se cambrer ?
- La hanche bouge-t-elle réellement moins ? Une sensation de raideur et une limitation mesurable ne sont pas la même chose.
- L’étirement change-t-il quelque chose ? Avant/après : mouvement, douleur, confort. On teste au lieu de supposer.
- Que se passe-t-il lorsque tu charges la zone ? Flexion de hanche résistée, fentes, step-up, marche ou course peuvent apporter davantage d’informations qu’un simple étirement.
- Est-ce vraiment le psoas ? Une douleur dans l’aine ou à l’avant de la hanche peut avoir plusieurs origines. Le rachis lombaire, l’articulation de hanche et d’autres structures doivent parfois être examinés.
Et si, au lieu de seulement l’étirer, on entraînait le psoas ?
C’est une possibilité souvent oubliée. Le psoas et les autres fléchisseurs de hanche sont des muscles : ils peuvent aussi être exposés progressivement à de la force et à du mouvement.
Selon la situation, on peut travailler la flexion de hanche contre résistance, les montées de genou contrôlées, les exercices en position debout, les fentes, les step-up, le tronc et l’ensemble du membre inférieur. Pour un sportif, la progression peut ensuite se rapprocher de ses contraintes réelles : course, accélération, changement de direction ou gestes spécifiques.
L’objectif n’est pas de trouver l’exercice parfait pour « désactiver » le psoas. Il est de rendre la hanche et le tronc capables de tolérer davantage de situations.
Et la respiration, le transverse et les fessiers ?
Ils peuvent évidemment être travaillés. Respirer, renforcer le tronc et développer les capacités des fessiers sont des options parfaitement raisonnables lorsqu’elles correspondent au problème de la personne.
En revanche, je ne pense pas qu’il soit justifié d’expliquer systématiquement qu’un diaphragme qui « fonctionne mal » oblige le psoas à compenser, ou qu’un moyen fessier insuffisamment actif provoque automatiquement sa suractivité. Le mouvement humain repose sur des coordinations variables, pas sur un organigramme où chaque muscle possède une seule fonction.
Quand une douleur à l’avant de la hanche mérite un vrai bilan
Si la sensation est persistante, douloureuse, associée à une perte importante de mobilité, à une boiterie, à un traumatisme, à des symptômes neurologiques, à une douleur nocturne inhabituelle ou à une aggravation inexpliquée, il ne faut pas simplement conclure « psoas tendu ».
Une douleur de l’aine ou de la hanche peut nécessiter un examen clinique et, selon le tableau, une orientation médicale. Le rôle d’un bon bilan est justement de ne pas attribuer automatiquement tous les symptômes au muscle que l’on connaît le mieux.
Ce que je fais en consultation
Lorsque quelqu’un vient au cabinet en me disant « j’ai le psoas tendu », je ne cherche pas immédiatement à le relâcher.
Je cherche d’abord à comprendre ce que la personne ressent, quels mouvements reproduisent le problème et quelles capacités sont réellement limitées. Selon la situation, j’examine la hanche, le rachis lombaire, la force, la mobilité et les mouvements importants pour la personne.
La thérapie manuelle peut être utilisée lorsqu’elle apporte une diminution des symptômes ou facilite un mouvement. Mais elle n’est pas présentée comme une façon de « remettre le bassin » ou de libérer définitivement un muscle. L’étape suivante est de déterminer ce que tu peux faire toi-même pour retrouver de la capacité et de l’autonomie.
Ton psoas n’a probablement pas besoin d’être accusé. Il a besoin d’être compris dans le contexte de ta douleur et de ce que tu veux recommencer à faire.
À retenir
- Une sensation de psoas « tendu » ne prouve pas qu’il est raccourci.
- Le modèle « psoas court → bassin en avant → mal de dos » est beaucoup trop simpliste.
- Étirer les fléchisseurs de hanche n’est pas mauvais si cela t’aide, mais cela ne « réaligne » pas automatiquement ton bassin.
- Le renforcement et l’exposition progressive au mouvement peuvent être tout aussi pertinents.
- Une douleur persistante à l’avant de la hanche mérite parfois d’être différenciée d’un simple problème musculaire.
Ce que dit la science
Les recherches ne permettent pas d’utiliser la « tension du psoas » comme explication universelle de la lombalgie. Les interventions dirigées vers la hanche peuvent être utiles chez certaines personnes, mais cela ne valide pas une cause unique. Concernant la posture, une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2024 n’a pas retrouvé d’effet significatif des étirements sur la posture lombo-pelvienne. Les résultats doivent néanmoins être interprétés dans leur contexte : une partie importante de ces travaux concerne des participants sans douleur et ne répond pas directement à toutes les situations cliniques.
- Warneke et al. (2024) — stretching, renforcement et posture lombo-pelvienne : revue systématique et méta-analyse.
- Preece et al. (2021) — effet immédiat de l’étirement des fléchisseurs de hanche sur l’extension de hanche, l’antéversion pelvienne et la lordose.
Psoas, hanche ou mal de dos : faire le point au Mans
Au Cabinet d’Arcole au Mans, je reçois les personnes présentant des douleurs lombaires, de hanche ou des symptômes liés au sport. La consultation associe entretien, examen clinique, tests adaptés, traitement manuel lorsqu’il est pertinent et stratégie de mouvement ou d’exercices.
L’objectif n’est pas de trouver un muscle coupable. C’est de comprendre ce qui limite réellement ton mouvement et de construire une solution adaptée.
Pour approfondir : faire le point sur une douleur lombaire au cabinet · évaluer et améliorer la rotation interne de hanche · mobilité, contrôle moteur et force · travailler le contrôle dynamique de la hanche · comprendre les différentes situations derrière une lombalgie.