Douleur nociceptive, neuropathique ou nociplastique : comment les différencier ?

Considérer la douleur. Ostéopathe le mans

Deux personnes peuvent dire « j’ai mal au dos » et pourtant ne pas avoir le même mécanisme dominant derrière leur douleur. C’est l’une des raisons pour lesquelles une douleur ne peut pas être comprise uniquement à partir de sa localisation ou de son intensité.

On distingue aujourd’hui trois grands mécanismes de douleur : nociceptif, neuropathique et nociplastique. Ces catégories ne sont pas des cases parfaitement étanches : plusieurs mécanismes peuvent coexister chez une même personne et leur importance peut évoluer avec le temps.

Ostéopathe le mans Baptiste Timmerman

Avant tout : douleur et nociception ne sont pas synonymes

La nociception correspond à l’activité du système nerveux qui détecte et traite des stimuli potentiellement menaçants pour les tissus. La douleur, elle, est une expérience sensorielle et émotionnelle personnelle.

Les deux sont évidemment liées, mais elles ne sont pas identiques. On peut avoir une activité nociceptive sans ressentir de douleur, et l’intensité de la douleur ne permet pas de mesurer directement l’importance d’une lésion tissulaire.

1. La douleur nociceptive

La douleur nociceptive est liée à une menace ou une atteinte réelle ou potentielle d’un tissu non neural, avec activation des nocicepteurs. C’est le mécanisme auquel on pense spontanément après une entorse, une fracture, une brûlure ou certaines douleurs musculo-squelettiques liées à une charge inhabituelle.

Elle est souvent relativement cohérente avec la sollicitation du tissu : certains mouvements, efforts ou pressions peuvent augmenter les symptômes, tandis que la diminution temporaire de la contrainte peut les réduire. Cela ne permet cependant pas toujours d’identifier précisément la structure responsable.

Exemple : après avoir fortement augmenté son volume de course, une personne développe une douleur latérale du genou uniquement pendant la course. Le contexte de charge et la reproductibilité des symptômes peuvent orienter vers une composante nociceptive importante, sans que cela suffise à lui seul à poser un diagnostic.

2. La douleur neuropathique

La douleur neuropathique est causée par une lésion ou une maladie du système somatosensoriel. Ici, le problème concerne donc directement une structure nerveuse.

Elle peut s’accompagner de sensations de brûlure, de décharges électriques, de fourmillements ou d’engourdissement. L’examen peut également retrouver des modifications de sensibilité, de force ou de réflexes selon la structure concernée.

Attention : une douleur qui descend dans une jambe n’est pas automatiquement neuropathique. Une douleur projetée peut également irradier. Pour parler de douleur neuropathique, il faut rechercher une histoire et des signes compatibles avec une atteinte du système somatosensoriel.

La sciatique est un bon exemple de situation dans laquelle une composante neuropathique peut être recherchée.

3. La douleur nociplastique

Le terme nociplastique a été introduit pour décrire une douleur liée à une altération de la nociception alors qu’il n’existe pas de preuve claire d’une lésion tissulaire menaçante suffisante pour expliquer la douleur, ni de lésion ou maladie du système somatosensoriel permettant de la classer comme neuropathique.

Ce n’est donc ni une douleur « imaginaire », ni simplement une douleur psychologique. Le système de traitement de la nociception peut devenir plus sensible et la douleur peut être influencée par de nombreux facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Les critères cliniques proposés par l’IASP pour identifier une douleur nociplastique musculo-squelettique prennent notamment en compte une douleur chronique de plus de trois mois, une distribution régionale plutôt que strictement localisée, l’impossibilité d’expliquer entièrement les symptômes par un mécanisme nociceptif ou neuropathique et la présence de signes d’hypersensibilité clinique.

D’autres éléments peuvent renforcer cette hypothèse, par exemple une hypersensibilité à différents stimuli ou certaines comorbidités, mais aucun questionnaire ou symptôme isolé ne suffit à lui seul à conclure à une douleur nociplastique.

Nociplastique ne veut pas dire « sensibilisation centrale »

Les deux termes sont souvent utilisés comme synonymes alors qu’ils ne désignent pas exactement la même chose. La sensibilisation centrale décrit des mécanismes neurophysiologiques particuliers. La douleur nociplastique est une classification clinique de la douleur.

En pratique, on ne peut pas observer directement tous les mécanismes du système nerveux central pendant une consultation. Il est donc plus prudent de parler d’un tableau compatible avec une composante nociplastique lorsque les critères cliniques sont réunis, plutôt que d’affirmer qu’une personne « a une sensibilisation centrale » sur la base d’un simple questionnaire.

Les trois mécanismes peuvent-ils être présents en même temps ?

Oui. C’est même un point essentiel.

Une personne souffrant depuis plusieurs mois d’une douleur lombaire peut présenter une composante nociceptive liée à certaines sollicitations, une composante neuropathique si une racine nerveuse est réellement atteinte et, parallèlement, des caractéristiques nociplastiques si le système devient plus sensible et que le tableau douloureux s’étend ou devient moins proportionnel aux contraintes initiales.

Le but n’est donc pas nécessairement de choisir une seule étiquette, mais d’estimer quels mécanismes semblent contribuer au tableau et lesquels doivent modifier la prise en charge.

Pourquoi les croyances, la peur et le contexte comptent-ils ?

L’ancien contenu de cet article opposait une attitude « pessimiste » à une attitude « optimiste ». Cette opposition est trop simple. Une personne ne choisit pas sa douleur, et lui demander simplement de penser positivement n’est pas un traitement.

En revanche, la peur du mouvement, le catastrophisme, le stress, le sommeil, les expériences antérieures, le contexte professionnel ou familial et les messages reçus de professionnels de santé peuvent influencer la manière dont une douleur est vécue et les comportements qu’elle entraîne.

Par exemple, croire que son dos est fragile peut conduire à éviter progressivement de nombreuses activités. Cette diminution d’activité peut à son tour réduire certaines capacités physiques et renforcer l’appréhension. L’objectif n’est pas de dire au patient qu’il « pense mal », mais de vérifier si certaines croyances ou stratégies de protection sont encore utiles.

Comprendre sa douleur suffit-il à aller mieux ?

Pas forcément. L’éducation à la douleur peut être utile, mais elle n’est pas une solution magique.

Une umbrella review publiée en 2023 portant sur l’éducation aux neurosciences de la douleur dans les douleurs musculo-squelettiques chroniques retrouve des résultats hétérogènes. Utilisée seule, cette éducation n’améliorait pas globalement de manière significative la douleur, l’incapacité ou les variables psychosociales dans les synthèses incluses. Elle semble plus intéressante lorsqu’elle est intégrée à une approche multimodale, souvent associée à l’exercice.

Une autre synthèse des revues systématiques publiée en 2023 souligne également les incohérences entre les méta-analyses et la faible qualité méthodologique d’une partie de la littérature. Il faut donc éviter de remplacer un ancien discours biomécanique simpliste par un nouveau discours tout aussi simpliste sur le cerveau.

Ce que cela change concrètement pour la prise en charge

Identifier le mécanisme dominant peut aider à choisir une stratégie plus cohérente.

  • Composante nociceptive importante : comprendre les contraintes qui provoquent les symptômes, adapter temporairement la charge puis reconstruire progressivement la capacité nécessaire.
  • Composante neuropathique : préciser l’atteinte neurologique potentielle, surveiller l’évolution des signes neurologiques et orienter médicalement lorsque cela est indiqué.
  • Composante nociplastique : élargir l’analyse au sommeil, à l’activité, aux facteurs psychosociaux, aux comportements de protection et à l’exposition progressive, plutôt que de poursuivre indéfiniment la recherche d’une structure « abîmée ».

Dans tous les cas, ces mécanismes ne dictent pas un protocole unique. Ils servent surtout à construire des hypothèses cliniques et à éviter les traitements qui reposent sur une explication trop réductrice.

Et la thérapie manuelle dans tout ça ?

Une technique manuelle peut modifier temporairement la douleur ou la perception de raideur, quelle que soit l’étiquette utilisée. Mais une amélioration après une manipulation ne prouve pas que la structure manipulée était la cause de la douleur.

Je préfère donc utiliser le résultat comme une information : est-ce que cette intervention permet de mieux bouger, de diminuer suffisamment les symptômes ou de reprendre plus facilement une activité ? Si oui, elle peut avoir sa place. Ensuite, lorsque c’est pertinent, il faut construire la suite.

Cette logique est détaillée dans le guide sur l’ostéopathie, la douleur et le mouvement et dans l’article consacré à la mobilité, au contrôle moteur et à la force.

Ce qu’il faut retenir

Une douleur peut être principalement nociceptive, neuropathique ou nociplastique, mais ces mécanismes peuvent se mélanger. Les identifier aide à raisonner ; ils ne doivent pas devenir de nouvelles étiquettes rigides.

La question utile n’est donc pas seulement « où ai-je mal ? », mais aussi : qu’est-ce qui semble entretenir ou modifier cette douleur, quelles capacités ont réellement besoin d’être travaillées et existe-t-il des signes qui nécessitent une autre prise en charge ?

Approfondir : faire le point sur une douleur qui dure depuis plusieurs mois · comprendre les différentes situations derrière une lombalgie · sciatique et signes neurologiques · ce que dit la science sur l’efficacité de l’ostéopathie · mobilité, économie et confort pour comprendre le mouvement.

Croyances, comportements et différentes façons de vivre avec la douleur

Références principales

Prendre Rendez vous sur Doctolib

En savoir plus sur Ostéopathe le Mans Baptiste Timmerman

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture