Quand j’observe un mouvement en consultation, je reviens souvent à trois idées simples : mobilité, économie et confort. Je les utilise comme une grille de lecture pour réfléchir à la façon dont une personne bouge, s’adapte et réalise les activités qui comptent pour elle.
Précision importante : ces trois éléments ne constituent pas des « lois » scientifiques de la biomécanique. Ce sont des repères cliniques. Ils permettent de poser de meilleures questions sans prétendre qu’il existe une manière parfaite de bouger.

Je suis Baptiste Timmerman, ostéopathe au Mans 15 rue d’Arcole.
Je prends en charge douleurs du dos, et du reste du corps avec un examen clinique sérieux, une approche manuelle adaptée et un plan d’action progressif.
L’objectif n’est pas de rendre le corps parfaitement mobile, parfaitement économique ou constamment indolore. L’objectif est de disposer de suffisamment d’options pour s’adapter à ce que l’on veut faire.
1. Mobilité : avoir suffisamment d’options
La mobilité correspond à la possibilité de produire un mouvement avec une amplitude suffisante pour une tâche donnée. Mais plus de mobilité n’est pas automatiquement mieux.
Un haltérophile, un coureur, une personne qui travaille au sol et une personne qui marche quotidiennement n’ont pas besoin exactement des mêmes amplitudes. Une restriction de mobilité ne devient donc intéressante que si elle limite réellement une activité, modifie une stratégie de manière problématique ou semble liée aux symptômes.
De la même manière, une asymétrie entre deux côtés n’est pas nécessairement une anomalie à corriger. Le corps humain est naturellement variable. La question clinique devient plutôt : cette mobilité est-elle suffisante pour ce que cette personne souhaite faire ?
C’est notamment cette logique que j’utilise lorsque j’évalue une mobilité, le contrôle du mouvement et la force.
2. Économie : le corps tient compte du coût du mouvement
L’idée d’économie d’énergie présente dans l’ancienne version de cet article était intéressante, mais trop absolue. Le corps ne choisit pas systématiquement le mouvement qui consomme le moins d’énergie.
En revanche, l’économie énergétique influence réellement notre manière de bouger. Les travaux sur la locomotion humaine montrent que nous avons tendance, dans de nombreuses situations, à sélectionner et à adapter des stratégies proches d’un coût énergétique favorable. Une revue publiée en 2025 décrit même l’essor d’un domaine appelé behavioural energetics, qui étudie comment le coût énergétique participe à l’organisation du mouvement.
Mais l’énergie n’est qu’un objectif parmi d’autres. La vitesse, la stabilité, l’agilité, l’environnement, l’expérience, la sécurité perçue et l’évitement de l’inconfort ou de la douleur peuvent également modifier la stratégie choisie.
Autrement dit, nous ne recherchons pas toujours « le mouvement le moins coûteux ». Nous arbitrons entre plusieurs contraintes.
Exemple : monter rapidement un escalier peut demander davantage d’énergie que le monter lentement. Pourtant, si vous êtes en retard, la priorité devient la vitesse. Le mouvement qui paraît optimal dépend donc de la tâche et du contexte.
3. Confort : la douleur influence le mouvement, sans le définir entièrement
Lorsqu’un mouvement fait mal, il est logique de le modifier. Nous pouvons ralentir, réduire l’amplitude, déplacer davantage une autre articulation ou éviter temporairement une activité. Ces adaptations ne sont pas nécessairement mauvaises : elles peuvent être utiles à court terme.
Le problème apparaît surtout lorsqu’une stratégie de protection persiste alors qu’elle n’est plus nécessaire et réduit progressivement les possibilités de mouvement ou d’activité.
Le confort ne signifie donc pas rechercher l’absence absolue de toute sensation. Dans certaines situations, notamment lors d’une reprise progressive d’activité, une gêne tolérable peut être compatible avec la progression.
La douleur est par ailleurs beaucoup plus complexe qu’un simple signal mécanique. Elle peut comporter des composantes nociceptives, neuropathiques ou nociplastiques et être influencée par le contexte, les expériences antérieures, les attentes ou encore l’état général de la personne.
Le fil conducteur : la capacité d’adaptation
Ces trois principes deviennent surtout intéressants lorsqu’on les relie à une quatrième notion : l’adaptabilité.
Un corps fonctionnel n’est pas un corps qui reproduit toujours le même mouvement parfait. C’est un corps capable de modifier sa stratégie lorsque la tâche change.
- Courir lentement ou accélérer.
- S’accroupir de plusieurs façons.
- Porter une charge près ou loin du corps selon la situation.
- Utiliser davantage certaines articulations lorsque d’autres sont momentanément sensibles.
- Retrouver progressivement des mouvements auparavant évités.
La variabilité n’est donc pas nécessairement du « mauvais mouvement ». Elle fait partie de notre capacité à résoudre différentes tâches.
Et les compensations ?
Le mot « compensation » est souvent utilisé comme s’il désignait forcément un défaut : une hanche bouge moins, alors le dos « compense », puis la douleur apparaîtrait.
Cette chaîne est trop simpliste. Une compensation peut simplement être une solution d’adaptation. Si une articulation dispose momentanément de moins d’amplitude, le système trouve parfois une autre façon de réaliser la tâche. Cela peut être parfaitement toléré.
Elle devient cliniquement intéressante lorsque cette stratégie semble associée aux symptômes, limite la performance ou ne permet plus de répondre aux contraintes de l’activité. Là encore, il faut tester plutôt que supposer.
Faut-il corriger la biomécanique pour supprimer la douleur ?
Pas systématiquement.
Une différence de mobilité, une posture particulière ou une stratégie de mouvement ne constitue pas automatiquement la cause d’une douleur. La biomécanique reste néanmoins utile lorsqu’elle permet d’identifier une contrainte modifiable et pertinente pour la situation.
Je préfère donc une logique simple :
- Observer et mesurer ce qui paraît pertinent.
- Formuler une hypothèse plutôt qu’une certitude.
- Modifier une variable : amplitude, charge, vitesse, technique, exercice ou parfois intervention manuelle.
- Retester immédiatement ou au cours des semaines suivantes.
Si la modification améliore réellement le mouvement, la tolérance à la charge ou une activité importante pour la personne, l’hypothèse devient plus intéressante. Sinon, il faut en chercher une autre.
Quelle place pour l’ostéopathie ?
Dans cette approche, l’objectif d’une consultation n’est pas de rechercher toutes les asymétries du corps pour les « réaligner ».
L’évaluation sert plutôt à déterminer si certaines caractéristiques de mobilité, de force, de contrôle, de charge ou de mouvement semblent pertinentes par rapport au problème rencontré. Une intervention manuelle peut parfois aider à modifier temporairement un symptôme ou une sensation de raideur. L’exercice et l’exposition progressive permettent ensuite, lorsque c’est nécessaire, de développer davantage de capacité.
Cette approche est développée plus largement dans mon guide sur l’ostéopathie, la douleur et le mouvement.
Ce qu’il faut retenir
Mobilité : disposer de suffisamment d’options. Économie : gérer le coût de l’action. Confort : pouvoir réaliser la tâche avec une tolérance acceptable. Adaptabilité : être capable de changer de stratégie lorsque la situation l’exige.
Je continue donc à utiliser mobilité, économie et confort comme trois repères pour réfléchir au mouvement. Non pas comme trois lois que le corps devrait absolument respecter, mais comme une grille simple permettant de comprendre ce qui pourrait limiter une personne et ce qu’il serait réellement utile de travailler.
Références
- McAllister MJ, Chen A, Selinger JC. 2025. Behavioural energetics in human locomotion: how energy use influences how we move. Journal of Experimental Biology.
- Rock CG et al. 2018. Interaction between step-to-step variability and metabolic cost of transport during human walking. Journal of Experimental Biology.
