IRM normale mais douleur persistante : comment est-ce possible ?

Votre IRM est rassurante. Pourtant, vous avez toujours mal.

C’est une situation fréquente et déroutante : on vous explique qu’il n’y a pas de lésion inquiétante, mais vos symptômes persistent parfois depuis des mois.

Une IRM normale ou peu contributive ne signifie pas que votre douleur est imaginaire. Elle signifie simplement que l’examen n’a pas identifié d’anomalie structurelle capable d’expliquer à elle seule ce que vous ressentez.

Et c’est là qu’il faut distinguer deux questions très différentes :

  • Y a-t-il une lésion visible ou une pathologie qui nécessite une prise en charge spécifique ?
  • Pourquoi ce mouvement, cette position ou cette activité continue-t-il à provoquer des symptômes ?

Une IRM répond surtout à la première question. Beaucoup moins à la seconde.

Ostéopathe le mans Baptiste Timmerman

Une IRM montre des structures, pas votre capacité à bouger

L’imagerie est extrêmement utile lorsqu’elle est indiquée. Elle peut montrer des fractures, certaines lésions, des atteintes neurologiques ou d’autres éléments importants selon la zone examinée.

Mais elle ne mesure pas directement votre force, votre endurance, votre tolérance à une charge, votre réaction après vingt répétitions, votre appréhension d’un mouvement ou votre capacité à reprendre votre activité habituelle.

Vous pouvez donc avoir une IRM rassurante et continuer à présenter une limitation fonctionnelle bien réelle.

L’inverse existe aussi : une IRM peut être « anormale » sans douleur

Les études d’imagerie montrent depuis longtemps que certaines modifications du rachis sont fréquentes chez des personnes qui n’ont aucune douleur.

Bombements discaux, protrusions ou signes de dégénérescence deviennent notamment plus fréquents avec l’âge. Cela ne signifie pas qu’ils sont toujours sans importance : certaines anomalies sont aussi plus fréquentes chez les personnes douloureuses.

Le message utile est donc plus nuancé : une image doit être mise en relation avec les symptômes, l’examen clinique et l’évolution. Elle ne doit ni être ignorée, ni devenir l’unique explication de la douleur.

Pourquoi peut-on avoir mal sans lésion clairement visible ?

Parce que la douleur ne dépend pas uniquement de l’état d’un tissu visible sur une image.

Après plusieurs mois de symptômes, différents éléments peuvent participer au problème : baisse de force ou d’endurance, diminution de la tolérance à certaines charges, mouvements évités, déconditionnement, sensibilité accrue du système nerveux, sommeil, stress ou expériences douloureuses répétées.

Cela ne veut pas dire que « tout est dans la tête ». Cela signifie simplement que la douleur est une expérience biologique complexe qui ne se résume pas à la présence ou l’absence d’une lésion sur une IRM.

« Mon IRM est normale, donc il n’y a rien à faire » : pas forcément

Une imagerie rassurante peut au contraire permettre de déplacer la question.

Au lieu de chercher indéfiniment une structure abîmée, il peut devenir plus utile d’observer :

  • quel mouvement reproduit réellement les symptômes ;
  • à partir de quelle charge ou de quelle durée ils apparaissent ;
  • ce qui améliore ou aggrave immédiatement la situation ;
  • quelles capacités ont diminué depuis le début du problème ;
  • ce que vous n’arrivez plus à faire dans votre travail, votre quotidien ou votre sport.

Ces éléments ne permettent pas automatiquement de poser un diagnostic précis, mais ils peuvent permettre de construire une stratégie de reprise plus pertinente.

Quand faut-il malgré tout revoir un médecin ?

Une IRM ancienne ou rassurante ne dispense pas d’une nouvelle évaluation médicale si la situation change.

Une perte de force nouvelle ou progressive, des troubles neurologiques importants, des symptômes généraux, un traumatisme significatif ou toute évolution inhabituelle doivent notamment conduire à réévaluer la situation.

L’objectif n’est jamais de considérer qu’une imagerie rassurante rend toute douleur bénigne.

Votre IRM est rassurante mais votre douleur dure depuis des mois ?

Si vous avez déjà consulté, réalisé les examens nécessaires et essayé plusieurs prises en charge sans retrouver les activités qui comptent pour vous, il peut être utile de changer la manière d’évaluer le problème.

J’ai détaillé cette approche dans l’article suivant : douleur persistante malgré plusieurs prises en charge et des examens rassurants : que faire ?

À retenir

  • Une IRM rassurante ne rend pas votre douleur imaginaire.
  • L’imagerie ne mesure pas directement la force, l’endurance ou la tolérance à l’effort.
  • Des anomalies peuvent exister chez des personnes sans douleur, et certaines sont aussi plus fréquentes chez les personnes douloureuses.
  • Lorsque les examens sont rassurants mais que la douleur persiste, une réévaluation fonctionnelle peut apporter d’autres informations.

Références

  • Brinjikji W et al. Systematic Literature Review of Imaging Features of Spinal Degeneration in Asymptomatic Populations. AJNR. 2015.
  • Brinjikji W et al. MRI Findings of Disc Degeneration are More Prevalent in Adults with Low Back Pain than in Asymptomatic Controls. AJNR. 2015.
  • International Association for the Study of Pain. Definitions of Chronic Pain Syndromes.
  • NICE. Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management.

À lire aussi : comprendre la douleur : ressources et signes d’alerte · douleur persistante malgré plusieurs prises en charge · mal depuis des mois et personne ne trouve rien.

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